
EDGAR P. JACOBS
Jacobs n'aimait pas particulièrement la ligne claire, imposée par Hergé aux dessinateurs de l'hebdomadaire Tintin. Ce n'était pas son style de départ. Pour s'en rendre compte, il suffit de regarder ses dessins pour les revues et catalogues dans les années 40 (comme ABC, Stop ou Bimbo... ) ou bien encore les illustrations du texte de La Guerre des Mondes d'HG Wells paru, en même temps que Le Secret de l'Espadon, dans le n°1 du journal de Tintin. S'il avait pu, il aurait réalisé un album dans le style de La Guerre des Mondes.
Mais peut-on vraiment parler d'un "style" Jacobs alors que son œuvre Blake et Mortimer s'étend sur presque trois décennies ? Et que si l'on compare les graphismes du Secret de l'Espadon à son dernier album, Les Trois Formules du Professeur Sato, ils évoluent considérablement, chaque album étant au final le reflet d'une époque et d'un désir créatif de se renouveler et repousser les limites parfois contraignantes de la bande dessinée.
BOB DE MOOR
Lorsque Jacobs disparaît en 1987, il laisse une œuvre inachevée. Le tome 2 des Trois Formules du Professeur Sato est, depuis des années, resté au stade d'un scénario et de crayonnés. Tous les éléments sont là, il ne manque plus que la bonne personne pour apporter la touche finale. En 1988, la Fondation et le Studio Jacobs font faire des essais à deux dessinateurs : Jacques Martin et Bob de Moor. C'est ce dernier qui sera choisi.
Outre le fait qu'il était un ami de Jacobs et qu'Edgar, avant sa mort, l'avait cité comme repreneur potentiel pour son œuvre, Bob de Moor a le talent de pouvoir se couler dans n'importe quel style et faire un dessin "à la manière de". Collaborateur d'Hergé pendant 35 ans, il se lance donc dans l'aventure en utilisant tous les documents de Jacobs. L'album sortira en 1990.
TED BENOIT
Premier dessinateur à se lancer dans la reprise de Blake et Mortimer, le pari était risqué car attendu au tournant par la critique et les "puristes" du maître du Bois des Pauvres. Ted Benoit est connu à l'époque pour son personnage Ray Banana et fait partie de ce qu'on appelle, dans les années 80, la ligne claire française, avec d'autres dessinateurs comme Floc'h, Yves Chaland ou Serge Clerc.
Mais Ted Benoit n'est pas un inconnu dans le paysage Jacobsien car on lui doit de nombreuses illustrations publicitaires de Blake et Mortimer, notamment pour la société CCM Micro. Son style est différent de celui de Jacobs, mais il réussit avec talent à donner vie aux héros, tout en se coulant dans un graphisme proche du maître.
ANDRÉ JUILLARD
Afin de pouvoir tenir un rythme régulier de parutions et de laisser plus de temps pour travailler aux repreneurs, les Éditions Blake et Mortimer constituent une deuxième équipe, formée d'Yves Sente au scénario et André Juillard au dessin, Juillard à qui l'on doit déjà de nombreux albums dont Arno, Les 7 Vies de l'Épervier, Plume aux vents. C'est pour le millénaire que sortira son premier album de Blake et Mortimer : La Machination Voronov.
RENÉ STERNE / CHANTAL DE SPIEGELEER
René Sterne, à qui l'on doit la série Adler, reprend Blake et Mortimer en 2004 pour l'album : La Malédiction des Trente Deniers - Tome 1. Malheureusement, il décède en 2006 avant d'avoir achevé l'album. Seules, 23 planches sont ecnrées et 5 crayonnées. C'est sa femme, Chantal de Spiegeleer, elle-même dessinatrice (la série Madila) qui termine l'album pour novembre 2009.
ANTOINE AUBIN
Dernier repreneur de la série, il œuvre sur le tome 2 de La Malédiction des Trente Deniers. Il mettra un an et demi pour le réaliser, avec l'aide d'Etienne Schréder (à la moité de l'album) pour l'encrage, faute de temps. Etienne Schréder qui avait déjà participé au tome 1 de cette aventure. L'album est sorti en novembre 2010.
Voici quelques exemples d'illustrations afin de comparer les différents styles de chaque auteur.
Dossier réalisé par Ludovic Gombert - mars 2008 (mise à jour janvier 2011)
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