de Treblig » Jeu Mai 29, 2008 22:52
Toujours dans la même interview, voici justement l'opinion de M.BRAVO sur CHALAND :
Klare Lijn International : A la lecture de votre Spirou, j’ai ressenti - et je pense que de nombreux amateurs de ligne claire ont eu la même impression – comme le sentiment d’une réparation par rapport à l’injustice qui avait frappé CHALAND lorsque les responsables de Dupuis l’avaient interrompu dans ses différents projets de Spirou dans les années 80.
Emile BRAVO : C’est vrai. J’avais appris cette affaire quelques années après et j’avais trouvé cela terrifiant. Comment est-ce qu’on avait pu entraver CHALAND dans ses projets ? Comment est-il possible que Le groom vert de gris ne soit jamais sorti ? Les premiers crayonnés étaient magnifiques. L’idée était excellente. Je trouve ce qui est arrivé à CHALAND vraiment dommage.
KLI : En me replongeant dans Les Inachevés de CHALAND publié par Champaka, j’ai d’ailleurs relevé pas mal de similitudes entre Le groom vert de gris et votre Journal d’un ingénu qu’il s’agisse du contexte historique du récit, du cadre retenu avec le Moustic Hôtel, des personnages avec la présence d’Entresol et l’arrivée de stars dans l’établissement…
EB : Il y a de cela effectivement de ça mais j’ai vraiment fait ce Spirou pour répondre avant tout à ces questions qui me taraudaient quand j’étais gosse et qui sont reprises en quatrième de couverture. Il est certain que CHALAND a eu de l’influence sur moi. Quand j’ai commencé, je trouvais son style merveilleux. Ce décalage entre son graphisme et le propos, c’était hallucinant ! C’était la première fois que je voyais un truc aussi fort et en même temps très accessible. Pour moi, CHALAND, c’est avant tout Le Jeune Albert qui était l’un de mes livres de chevet . Je suis moins convaincu par Freddy LOMBARD même s’il y a des chefs d’œuvre dans cette série. La Comète de Carthage, c’est magnifique mais c’est aussi une bande dessinée très très esthétique. Je me dis qu’il faut être initié pour comprendre cet album. Je pense à ces lecteurs qui ne connaissent pas la BD, qu’il faut amener à la BD.
KLI : Je trouve qu’il y a effectivement du Jeune Albert dans les bagarres d’enfants de votre Spirou qui rappellent d’ailleurs celles de votre ouvrage C’était la guerre mondiale paru chez Bréal. Il y a de la méchanceté, une certaine forme de cruauté qu’on ressent également chez CHALAND.
EB : Oui sauf que dans Le Jeune Albert, c’est beaucoup plus psychologique notamment pour le personnage d’Albert.
KLI : Votre dessin, quand vous débutez en bande dessinée, est quand même très influencé par celui de CHALAND.
EB : Oui. Quand j’ai commencé, j’avais un trait qui s’apparentait au sien. J’aimais bien ses pleins et ses déliés. Mais je n’étais pas assez graphiste. C’est pour cela que peu à peu, je me suis détaché de ce trait qui était quelque part très beau, très esthétique mais qui enlevait une certaine liberté. En côtoyant en atelier les auteurs de la "nouvelle vague" comme TRONDHEIM, SFAR, BLAIN,…je me suis rendu compte qu’il y avait une liberté, une énergie dans leurs créations. Le problème du graphisme de CHALAND, c’est qu’on sentait, par exemple, une jouissance chez lui à faire un décor travaillé alors que pour moi, c’est vraiment secondaire. J’essaye de me concentrer beaucoup plus sur le récit.
KLI : Est-ce que vous avez eu l’occasion de rencontrer Yves CHALAND ?
EB : Malheureusement, je n’ai pas eu cette chance. En plus, c’est dommage car cela aurait pu se faire. Quand j’ai fait mon Atomium, les gens du Comptoir Magic Strip à Paris, rue Froment, allaient chercher des planches chez CHALAND et ils voulaient me le présenter. Et puis il est mort…
KLI : C’est vrai que finalement, vous débutez votre carrière au moment où la sienne se termine tragiquement.
EB : C’est terrible ça ! C’est peut-être d’ailleurs pour cela que j’ai continué à faire de la ligne claire pendant un temps. Je me disais « non, non, ce n’est pas possible, il ne peut pas disparaître comme cela, il faut occuper le créneau, ce décalage entre le dessin et le récit ». Je trouvais ça assez fantastique et je me suis bloqué dessus pendant quelques années.