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LE PIÈGE DIABOLIQUE À LA ROCHE GUYON

Le Piège Diabolique est un album particulier dans l'univers de Blake et Mortimer. Il est le pivot central de la trilogie "française" et suit S.O.S. Météores dont il conserve l'un des méchants : le professeur Miloch Georgevitch qui décide de piéger Mortimer à l'aide d'une machine à voyager dans le temps : le Chronoscaphe. Jacobs empruntera probablement les traits de l'écrivain Arthur Miller afin de dessiner ce personnage, d'ailleurs "Miloch / Miller", les noms ressemblent étrangement.
C'est également un album à part dans la série puisque c'est une histoire sans Blake qui n'apparaît que dans 16 cases (au début et à la fin de l'histoire), autant dire pas du tout. Ce choix est volontaire de la part de Jacobs : "…Je me demandais si Blake était absolument indispensable. Or, j'ai remarqué que si Blake est, en somme, le complément de Mortimer, d'une égale valeur mais d'un tempérament différent, il y a confrontation d'opinions, donc intérêt des dialogues. Ni numéro un, ni numéro deux, ces deux personnalités sont égaux.../... Pourtant, lorsque j'ai tenté justement de l'éloigner, par expérience, dans Le Piège Diabolique, Blake m'a été réclamé avec insistance, c'est donc qu'il a sa raison d'être !…" (Edgar P. Jacobs ou les entretiens du Bois des Pauvres - François Rivière - Ed. du Carabe).
Mais surtout, Le Piège Diabolique est un album SANS OLRIK, grand absent de cette aventure. Lui, le héros incontournable, présent dans chaque histoire dès le Secret de l'Espadon ; c'est le grand oublié par Jacobs, qui souhaite certainement tourner une page et essayer d'explorer d'autres horizons avec de nouveaux méchants. Il a déjà opéré un changement dans La Marque Jaune où Olrik n'est pas le grand méchant de l'histoire, puisqu'il est utilisé "à l'insu de son plein gré" (pour reprendre une phrase célèbre) par Septimus. Dans l'Énigme de l'Atlantide, c'est Magon et dans SOS Météores, on trouve un savant fou : Miloch. Mais tous ces êtres démoniaques ne sont que de passage… Après le Piège Diabolique, Olrik est de retour dès l'Affaire du Collier. Impossible de se passer de lui ?
Mais Le Piège Diabolique failli bien ne pas voir le jour car la censure (déjà présente pour Le Secret de l'Espadon et La Marque Jaune), se déchaîna sur Jacobs. D'un côté, son éditeur lui demandait de rendre moins violant certaines cases (par exemple la dernière vignette de la planche 56 - source L'Enigme Jacobs de Philippe Biermé), mais surtout le secrétariat d'Etat (service juridique et technique), via la Commission de Surveillance et de Contrôle de la Presse Enfantine donne, le 25 juin 1962, un avis défavorable pour diffuser l'album en France "en raison des nombreuses violences qu'il comporte et de la hideur des images illustrant ce récit d'anticipation" (source L'Enigme Jacobs de Philippe Biermé). Que dirait cette Commission face aux émissions de TV réalité actuelles ? Mystère. C'est en tout cas ce qui motivera Jacobs à réaliser pour l'aventure suivante de Blake et Mortimer, une histoire policière "classique" (trop classique jugeront certains).
Concernant l'époque médiévale, Jacobs se serait fait aider par Liliane et Fred Funcken (spécialistes du genre) qui travaillaient également pour le journal Tintin.
La première publication du Piège Diabolique démarre dans l'hebdomadaire belge Tintin n°38 du 22 septembre 1960 et se poursuivra jusqu'au Tintin n°47 du 21 novembre 1961. L'album sortira en 1962 aux Editions du Lombard. L'histoire sera également adaptée en feuilleton radiophonique de 27 épisodes sur l'ORTF (puis en disque vinyle et CD), en CD-Rom en 1997 (Ed. Index+/France Télécom Multimedia, l’un des tout premiers CD-Rom interactifs ludiques) et enfin en dessin animé par Ellipse Animation (et en VHS et DVD). Enfin, cet album sera parodié "officiellement" en mars 2011 par Nicolas Barral et Pierre Veys dans le tome 2 de la série Les Aventures de Philip et Francis - Le Piège Machiavélique.
Comme pour chaque nouvelle aventure, Jacobs passe d'abord par la case "recherche" en écrivant dans des cahiers ses idées. Il va ainsi rédiger de nombreuses propositions de titre pour cette histoire :
MORTIMER PERDU DANS LA QUATRIEME DIMENSION
DANS L'ABIME DES SIÈCLES
LE PASSAGER DE L'INFINI
LE VOYAGEUR DE LA 4E DIMENSION
PRISONNIER DE LA 4E DIMENSION
LE PASSAGER DE LA 4E DIMENSION
VOYAGE SANS RETOUR
DANS L'ABIME DES TEMPS
LE TESTAMENT DU DOCTEUR MILOCH
PERDU DANS LA 4E DIMENSION
LE CHRONOSCAPHE MAUDIT
LE PRISONNIER DU CHRONOSCAPHE
10 000 AV JC - 10 000 AP JC
DANS LA NUIT DES TEMPS
DANS LA NUIT DES SIÈCLES
LE PIÈGE DIABOLIQUE
L'HOMME AU CHRONOSCAPHE
L'HOMME QUI REVIENT DE LOIN
DANS LE PIÈGE DU TEMPS
DANS LE PIEGE DES SIÈCLES
PERDU DANS L'INFINI DES SIÈCLES
PERDU DANS L'INFINI DES TEMPS
Avec le choix final que l'on connaît...
Mais dans le Piège Diabolique, le vainqueur n'est-il finalement pas le lieu où se déroule l'action (à travers le temps) : La Roche-Guyon ? Car en peu de vignettes, Jacobs a su rendre une atmosphère particulière, mystérieuse et "diabolique". La Roche-Guyon est désormais indissociable de cet album mythique. Au départ, le choix de Jacobs s'était porté sur le château de Vez dans l'Oise. "…Mais sur le terrain, le castel, bien que fort beau, se trouvait situé dans un cadre trop étriqué. Je me rabattis ensuite sur le château de Coucy, historiquement célèbre, mais ce qu'il en reste, et surtout ce qui l'entoure, ne m'inspira guère…" (Un Opéra de Papier).
C'est finalement la Roche-Guyon qui emporte la préférence de Jacobs. En plein automne, alors qu'il visite les environs avec sa femme, il est séduit par le cadre : "…Les ruelles étaient désertes et les vieilles demeures silencieuses. Exactement l'ambiance que je souhaitais. Enfin, comme nous débouchions sur le parvis, j'aperçus en contre-bas, le long d'un escalier aux marches usées, une maison basses aux volets clos. Sans hésiter une seconde, je dis à ma femme : La Bove !…" (Un Opéra de Papier).
Cliquez sur l'image pour une visite virtuelle de la Roche-Guyon en 360° (plein écran).
Bien sûr, la légende décrite dans le guide Michelin que consulte Mortimer au début de l'histoire n'existe pas. Voici d'ailleurs ce qu'écrivait ce guide à propos de la Roche-Guyon à l'époque :

Toutefois, Jacobs n'a pas visité le château, ni le donjon, ni les souterrains : "…J'ai découvert au moins une demi-dizaine de souterrains dans lesquels je ne me suis pas engagé, bien entendu, et j'ai pu saisir des aspects de ce donjon qu'on ne connait jamais…" (Edgar P. Jacobs ou les entretiens du Bois des Pauvres - François Rivière - Ed. du Carabe).
Il pris néanmoins de nombreuses photos des environs qui l'aidèrent par la suite à réaliser les différentes cases mettant en scène la Roche-Guyon. Cinquante ans après, le temps a bien sûr joué et certains éléments ont disparu. Mais, on peut toutefois découvrir et reconnaître des endroits immortalisé par le dessin de Jacobs, dont la fameuse "Bove" qui existe toujours.

© Fondation Jacobs
© Ludovic Gombert - 50 ans après, la végétation a bien poussé, mais la route des Crêtes permet d'apercevoir le Donjon.

© Fondation Jacobs
© Ludovic Gombert - La vue de la rue principale sur le château et le donjon.

© Ludovic Gombert - Impossible d'obtenir la même perspective que Jacobs.
Soit les maisons ont été reconstruites et la rue aggrandie (peu probable), soit Jacobs a "arrangé" l'image à sa façon.

© Ludovic Gombert - La vue de la rue principale sur le château et le donjon.
© Ludovic Gombert - La "Bove de la Damoiselle" où se trouve le Chronoscaphe. Toujours là, 50 ans après.
© Ludovic Gombert - En 2009, elle était à vendre !

© Fondation Jacobs
© Ludovic Gombert - De nos jours, terminé l'escalier en ruine ! Jacobs a décalé le donjon dans sa case,
afin de le centrer avec l'escalier (alors qu'il est presque invisible à cet endroit, dans la réalité).

© Fondation Jacobs
© Ludovic Gombert - L'immeuble au bout de la ruelle a été détruit.
Du coup, on distingue l'église à l'arrière-plan. Au fond à gauche, l'escalier menant à la Bove.

© Ludovic Gombert - La porte d'entrée de "La Bove".
La commune de la Roche-Guyon et le château de la Roche-Guyon jouent le jeu depuis de nombreuses années, autour du phénomène. Ainsi, deux expositions furent organisées. La première en 1994, à la mairie et la seconde, en 1997, dans le Château qui accueilli pour l'occasion plus de 63 000 visiteurs ! Depuis, une exposition permanente autour de l'album se tient dans une des salles du château, tandis que l'on peut visiter le donjon, le château, les jardins et les souterrains avec le point d'orgue : une réplique du Chronoscaphe, au bout d'un tunnel sombre. Effet garanti !
Pour plus de renseignements :
E.P.C.C du Château de La Roche-Guyon
1 rue de l’Audience
95780 La Roche-Guyon
Tél. : 01 34 79 74 42
information@chateaudelarocheguyon.fr
www.chateaudelarocheguyon.fr
C'est cette exposition et cette visite que nous vous proposons de découvrir ci-dessous :
L'Exposition Permanente
Le Chronoscaphe
La Visite
L'escalier qui monte au donjon.
Le même en sens inverse, après 250 marches cresées dans la falaise.
La vue sur la Seine et les jardins du Château, en haut du donjon.
La cour du Château et les toits.
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